prémices

BPIl a fallu des siècles pour que le monde s'intéresse au concept de la jeunesse. C'est à la fin du 19e siècle que le comportement vis-à-vis de celle-ci change: on prend conscience de la part qu'il faut faire aux questions d'éducation. Certaines personnes commencent à se rendre compte que l'enseignement donné jusque-là est livresque et sans vie; ils remettent en cause le système pédagogique traditionnel. Parallèlement, le sport prend une extension considérable et donne aux élèves le goût de la vie en plein air.
Dans plusieurs pays, des hommes essaient d'utiliser, à des fins éducatives, les loisirs des enfants. Ces mouvements veulent améliorer l'efficacité de l'enseignement existant par des techniques particulières, et même aller plus loin en proposant des solutions entièrement neuves, comme encourager des activités de jeu, l'auto-éducation et la constitution de sociétés de vie à la taille des jeunes.
Dans ce contexte, les idées de ce qui sera le scoutisme ne sont pas isolées, et ne peuvent pas être séparées de ce vaste mouvement pédagogique. Mais le succès (très rapide) du scoutisme vient de son originalité: le scoutisme n'est pas l'oeuvre d'un théoricien, d'un savant ou d'un éducateur professionnel, mais d'un homme pratique et concret.
L'histoire du mouvement scout est indissociable de son fondateur, Lord Baden-Powell (BP). Par son expérience dans l'armée, il remarque le manque de débrouillardise des jeunes. Il se met à réfléchir à une façon de pallier ce défaut. Passionné de nature, BP pense que c'est à son contact que l'on peut apprendre énormément de choses. De plus, il songe à un système de patrouilles: 5 à 6 adolescents sont encadrés par un responsable de patrouille, d'une ou deux années plus âgé.

1907 le premier camp scout

le camp à BrownseaBP passe à l'acte durant cet été en organisant un camp expérimental sur l'île de Brownsea (au sud de Londres). Du 1er au 9 août, il réunit 22 garçons qui sont divisés en quatre patrouilles (unité de base pour la formation, le travail et le jeu). Il avait recruté ces adolescents à la hâte: certains fréquentaient des écoles chic, mais la majorité étaient des écoliers des faubourgs, enfants de fermiers et d'ouvriers.
Ce que BP voulait connaître avant tout, c'était le fonctionnement de ce que l'on appelle aujourd'hui la «dynamique du petit groupe». Ce qui l'intéressait, c'était de savoir si un petit groupe de jeunes livré à lui-même marchait ou pas.
Cette joyeuse bande hétéroclite s'amalgame très vite et accomplit ce qu'elle décidait de faire, l'exécutant sans ordres reçus, «sur son honneur» seulement, sans perspective de récompense ou de punition. Ce fut un succès total sur toute la ligne.

1908 un nouveau manuel, un nouveau mouvement

couverture de scouting for boysBP avait l'idée de proposer d'autres méthodes aux membres des mouvements de jeunesse déjà existants et ne songe pas au début à en créer un nouveau. Ses écrits antérieurs (à usage proprement militaire) lui servent de base de départ, mais plus il avance dans la transformation en «civil» de son Aids to scouting , plus il réalise qu'il faut du neuf. Il trouve la base de ses livres incorrecte, car ils étaient destinés à former des hommes de guerre. Or il veut maintenant former les jeunes à la paix. Sa propre vie et ses expériences sont la source de son livre. Il propose le projet suivant aux jeunes: former son caractère, devenir habile de ses mains et débrouillard, rendre service aux autres, faire du sport et chercher Dieu (voir la pédagogie actuelle). Il écrit: «le scoutisme est une école de civisme par l'art des bois».
La plus grande originalité de ce programme est la conviction de son auteur que la meilleure méthode pour former de bons citoyens (c'est-à-dire, qu'un jeune puisse développer toutes ses capacités) est entre les mains des jeunes eux-mêmes, répartis en petits groupes sous la conduite d'un responsable choisi par eux, se chargeant de leur propre éducation, fut-ce sous la surveillance bienveillante d'adultes bénévoles.
Après ce camp, BP écrit la version définitive de son ouvrage. Publié en 1908 en six fascicules, Scouting for Boys (Eclaireurs en français) connaît un grand écho. Actuellement, il a été traduit en 35 langues.
fleur de lysUne des originalités de ce livre est qu'il s'adresse directement aux jeunes, sans intermédiaire. Dans une langue accessible à tous, BP a lancé des propositions ordinaires, pratiques mais aussi inhabituelles. Il n'a pas voulu créer un nouveau mouvement, mais celui-ci est né par la volonté des premiers scouts qui ne voulaient pas être incorporés à un autre groupe. Ces jeunes ont désiré leur propre mouvement, ils voulaient être scouts et rien d'autre. L'expansion originale du scoutisme n'a donc été ni l'oeuvre des éducateurs professionnels, ni des gouvernements, ni des églises ou des parents, mais elle est le fait des jeunes eux-mêmes.
Ils ignoraient au début, comme leur fondateur, qu'une identité propre du scoutisme était en train de se développer. Et ainsi, en 1909, est créé un nouveau mouvement de jeunesse. Son emblème est la fleur de lys, signe qui indiquait le nord sur les anciennes cartes.

1909 les filles se joignent au mouvement

les éclaireusesDurant le premier grand rassemblement des scouts à Londres (1909), des filles viennent demander à BP de pouvoir rejoindre le mouvement. Sa première réaction est la surprise, l'étonnement, peut-être même la défiance. Mais elles tiennent bon et obtiennent l'autorisation temporaire d'être inscrites au registre des éclaireurs. Il demande à sa soeur Agnès de s'occuper de la branche féminine: les guides. Ensemble, ils adaptent le manuel: girl guides (Livre des éclaireuses).

création

le montage de tentesLe succès ne se fait pas attendre: le concept du scoutisme, véhiculé par l'ouvrage Scouting for Boys (1908), se répand à travers le monde: sans agitation, sans cérémonie et spontanément, des garçons commencent à former des troupes scoutes dans plusieurs pays, alors que BP ne souhaitait pas créer un nouveau mouvement. Il est mis devant le fait accompli. En septembre 1908, BP ouvre un bureau pour répondre aux nombreuses demandes de renseignements qui ne cessent d'affluer. En 1922, on compte déjà 1 million de scouts dans 32 pays. Dès ses débuts, ce mouvement cherche à amener les enfants et adolescents en adultes épanouis et responsables. Ainsi, durant la 1e guerre mondiale, alors que leurs responsables sont mobilisés, ce sont les responsables de patrouille qui poursuivent les activités scoutes.
la fraternité mondialeNombreux sont ceux qui prévoyaient que la guerre mondiale allait détruire le scoutisme. Ceci aussi bien dans son berceau britannique qu'en tant que mouvement international: les scouts ne seraient-ils pas obligés -aussi frères qu'ils soient- de se battre les uns contre les autres? Le contraire se produit. Ils accomplissent un certain nombre de tâches (gardiens, observateurs, messagers, facteurs, pompiers, donneurs de sang, collecteurs de vieux papiers et métaux,...). Certes liées à l'effort de guerre, toutes ces activités restent dans les limites que n'importe quel objecteur de conscience d'aujourd'hui accepterait. Cette attitude exemplaire provoque de la gratitude et crée une image hautement favorable à leur égard dans l'opinion publique.
Le scoutisme a-t-il été créé comme mouvement paramilitaire? La réponse est assurément non car BP poursuivait un but d'éducation: «A la fin de la guerre, je me suis mis à l'oeuvre pour transformer ce qui était un art d'apprendre aux hommes à faire la guerre en un art d'apprendre aux jeunes à faire la paix; le scoutisme n'a rien à voir avec les principes militaires.» Une preuve en est qu'il voulait démilitariser la Boy's Brigade (association paramilitaire d'alors utilisant des méthodes similaires au scoutisme futur). Cependant, il faut mettre un bémol: le scoutisme n'a pas été créé par BP dans l'abstraction, dans le vide, mais dans l'actualité de son pays et de son temps. Cette actualité répondait aux exigences concrètes d'une société qui était l'Empire britannique. Le fondateur était un homme d'avant-garde, mais aussi un patriote. Les premiers scouts ne se baladaient pas dans la nature uniquement par goût d'évasion gratuite dans l'inactivité: ils s'y entraînaient aussi en vue de bâtir et consolider un Empire.

1910 le scoutisme arrive en Suisse

scouts suisses lors d'un jamboreeLe scoutisme s'implante en Suisse avec la création des premiers groupes. Rapidement, il s'organise au niveau national en une fédération masculine et une autre féminine. Actuellement, une seule association mixte, le Mouvement Scout de Suisse (MSdS), réunit 48'000 scouts (chiffre 2002). Photo ci-contre: délégation suisse au jamboree de Hollande en 1937.

1914 le scoutisme s'ouvre aux plus jeunes

Le scoutisme élargit sa palette en s'adressant aux 8-11 ans (à leur demande). Cette branche prend ses racines dans le Livre de la Jungle (prix Nobel de littérature en 1907) de Rudyard Kipling. Dans ce livre, Mowgli, le petit bonhomme élevé par les animaux, va expérimenter dans la nature la force vitale d'une loi libératrice. Il parcourt, par les sentiers de la forêt vierge, un chemin au bout duquel se trouve la conquête de sa propre personnalité. Le Manuel des Louveteaux date de cette époque.

1915 le virus scout atteint Fribourg

A Fribourg, le premier groupe est fondé en 1915. Il s'appelle «la première de Fribourg» (actuellement St-Nicolas / St-Paul). La première section d'éclaireuses naît à Bulle en 1923. A nouveau, deux associations distinctes regroupent d'un côté les garçons et de l'autre les filles. Depuis, nous sommes 1400 regroupés sous l'égide de l'Association des Scouts Fribourgeois (ASFr), mixte.

1920 1er jamboree

affiche du 1er jamboree Le premier jamboree (réunion internationale de scouts) a lieu à Olympia, près de Londres. Il rassemble 8'000 participants venant de 34 nations et prouve que de jeunes gens de différentes nations peuvent se réunir pour échanger des intérêts et un idéal communs. C'est à cette occasion que BP est acclamé responsable mondial. Une délégation de 50 scouts suisses y est présente.
Avant ce jamboree eut lieu la première conférence scoute mondiale. On décida d'organiser une telle conférence tous les 2 ans, d'élire un comité qui s'occuperait des affaires importantes et d'ouvrir un bureau international. Plus tard, deux observateurs envoyés par la Société des Nations (organisation remplacée par l'ONU) à cette conférence scoute tombaient des nues: ils voyaient pour la première fois une assemblée internationale fonctionner sans querelles politiques... En savoir plus

1929 3e jamboree

vue aérienne du jamboree de 1929Lors du jamboree de la majorité à Birkenhead (Grande-Bretagne), BP est anobli par le prince de Galles. Il s'appelle désormais Lord Baden-Powell of Gilwell (centre international de formation pour scouts adultes). L'année suivante, sa femme, Lady Olave Baden-Powell, devient responsabletaine mondiale.

1937 les adieux de BP

BP fait ses adieux au jamboree de Hollande. Il se retire au Kenya en compagnie de sa femme.

les années 60, 70 et 80

Plusieurs pays ont obtenu leur indépendance pendant cette période. Le Scoutisme dans les pays en voie de développement évolua progressivement pour devenir un programme des jeunes, conçu par les responsables scouts locaux, pour mieux répondre aux besoins de leurs communautés.
Les scouts, particulièrement dans les pays en voie de développement, devinrent plus actifs dans les domaines de la santé des enfants, l'habitat à moindre coût, l'alphabétisation, la production alimentaire, l'agriculture, la formation professionnelle, etc.
La prévention en matière de drogues, l'éducation à la vie pratique, l'intégration des handicapés, la protection et l'éducation à l'environnement, l'éducation à la paix, devinrent aussi la préoccupation des scouts du monde entier.

1958 1er jota

Tout a commencé lors du jamboree de 1957. Une petite station de radio-amateur y avait été installée pour entrer en contact au hasard, pour s'amuser, avec d'autres amateurs, scouts ou non. La réussite de cette première expérience fut telle que ceux qui avaient pris part à ce rendez-vous «sur les ondes» décidèrent de répéter l'expérience l'année suivante. Ce fut fait et le succès obligea participants et organisateurs à continuer. Ainsi naquit le «jamboree-sur-les-ondes», événement annuel impliquant depuis lors des centaines de milliers de radio-amateurs scouts.

1969 Armstrong pose le pied sur la lune

Neil Armstrong, ancien scout, apporte l'écusson mondial lors de son voyage vers la lune.

Armstrong sur la lune

1980 1er camp fédéral mixte

Premier camp fédéral mixte en Gruyère qui rassemble plus de 22'000 scouts. Ce rapprochement entre les mouvements féminin et masculin aboutira à leur fusion en 1987, de laquelle naîtra le Mouvement Scout de Suisse (MSdS). Auparavant, la branche masculine avait organisé 6 camps fédéraux (1925 Berne, 1932 Genève, 1938 Zurich, 1948 Trevano, 1956 Saignelégier, 1966 Domleschg). Du côté féminin, ce sont 3 camps qui avaient eu lieu (1949 Gothard, 1957 Goms, 1969 vallée de Blenio).
En 1994 a eu lieu le dernier camp fédéral baptisé Cuntrast. Le prochain se situera en 2008...

1981 prix Unesco de l'éducation pour la paix

Le scoutisme reçoit ce prix attribué pour récompenser les efforts en faveur de la paix. Cinq ans auparavant, c'est le prix Silver Anvil qui avait échu au mouvement. En 1982, il reçoit la distinction présidentielle du Rotary International et le Prix Schmidheiny de la Liberté pour la contribution du scoutisme à la sauvegarde de la dignité humaine dans une société libre. En 1984 enfin, le prix du Rotary pour la compréhension mondiale. détails

la période post-communiste

Les années 1990 virent la renaissance du scoutisme dans tous les pays où il existait déjà avant la 2e guerre mondiale, et son avénement dans les pays nouvellement indépendants de la Communauté des Etats Indépendants (l'ancienne urss). Depuis 1993, 35 pays ont adhéré à l'organisation mondiale du mouvement scout (omms).
Ce qui avait commencé par un modeste camp sur l'île de Brownsea est aujourd'hui un mouvement en plein essor comptant des membres dans presque tous les pays du monde. Ainsi, ce qui était un camp de plein air pour enseigner un certain nombre de techniques est devenu un programme de formation adapté avec succès dans des environnements aussi divers que les pays en voie de développement et les grandes villes.

1997 1er joti

En novembre 1996, le Comité Mondial, constatant que le scoutisme tenait une place importante sur Internet et qu'un réseau informel du Jamboree sur Internet y existait déjà et s'y développait rapidement, décida que le «joti» devait devenir un événement scout international officiel, et qu'il se déroulerait en même temps que le jamboree-sur-les-ondes (jota). Depuis, le Jamboree Scout Mondial-sur-Internet se déroule chaque année le troisième week-end d'octobre, débutant à 0h00 heure locale le samedi et se terminant 48 heures plus tard, soit à 24h00 heure locale le dimanche.

2001 camp cantonal fribourgeois

vue aérienne d'EnerdjiaCamp cantonal des scouts fribourgeois, Enerd'ji@. Il a regroupé 800 scouts au bord du lac de Neuchâtel.

2002-2003 20e jamboree

jamboree en Thaïlande Jamboree en Thaïlande qui s'est déroulé, comme d'habitude, durant la saison chaude (28.12-07.01). Il a réuni 20'000 participants d'une quarantaine de pays.

le scoutisme actuellement

un partenariatDeux associations mondiales regroupent les 38 millions de scouts de par le monde: l'Organisation Mondiale du Mouvement Scout (OMMS), mixte, et l'Association Mondiale des Guides et Eclaireuses (AMGE), féminine.
Le scoutisme est vécu très différemment dans les pays industrialisés ou dans les pays en voie de développement. Le but est un peu différent : il y a de commun le développement global de la personnalité, mais souvent on s'occupe en plus d'oeuvres d'entraide ou d'utilité publique dans le second cas. Des groupes scouts peuvent par exemple aider à la construction d'un réseau de distribution d'eau, à enseigner les règles fondamentales de l'hygiène, donner des informations concernant le SIDA, à créer des jardins d'enfants,... Le partenariat entre les associations scoutes du sud et du nord, de l'est et de l'ouest est la condition matérielle pour mener à bien les projets et sensibilise les scouts d'ici à cette thématique.
Le Mouvement Scout de Suisse entretient depuis 1991 un partenariat à long terme avec le Burkina Faso. Des projets concrets, comme la construction d'un jardin d'enfants, des projets de reboisement forêt ou des programmes d'échange ont déjà valu à bien des scouts suisses des semaines inoubliables en Afrique. Depuis 1998, le MSdS est activement engagé dans un partenariat avec les scoutes roumaines pour la remise sur pied du scoutisme dans ce pays. L'essentiel des efforts se concentre sur les domaines de la formation, de l'échange entre les groupes scouts et sur l'élaboration des structures participatives.
Depuis la chute du communisme, interdit les décennies précédentes, le scoutisme connaît une résurrection dans ces pays d'Europe de l'est.

2007 jamboree du centenaire

jamboree du centenaireJamboree du centenaire en Grande-Bretagne. Ce grand rassemblement mondial commémorera trois événements: le 150e anniversaire de la naissance de BP le 100e anniversaire du camp de Brownsea l'anniversaire de la fondation de chaque association nationale L'OMMS veut impliquer toutes les unités à se rappeler ces événements par différentes actions: participer au jamboree, suivre le lever du soleil le 1er août 2007, communiquer avec les autres (jamboree sur internet, jamboree sur les ondes, flamme de paix électronique passant d'un bout à l'autre du monde,...). N'oublie donc pas cet été exceptionnel!!

perspectives

Ce mouvement a eu de belles heures et a déjà réjoui plus de 300 millions de jeunes en moins d'un siècle d'existence. Ce qui a commencé comme un petit camp sur l'île de Brownsea est maintenant un mouvement grandissant qui a des membres dans presque tous les pays du monde. Ce mouvement a déjà beaucoup évolué depuis BP, tout en restant fidèle à ses racines, et il évoluera encore, parce qu'il a une importante carte à faire valoir: l'éducation des enfants et des jeunes.

tous frères